Note d'intention

Désir d’aventure et plaisir d’enfant


En chacun de nous sommeille le désir d'aventure, le désir d'amour ou du jeu de l'amour, le désir de séduction, le désir du ravissement, de l'abandon et de la perte, le désir d'insouciance...

Désir d’évasion.

Le désir tout court.

« Je veux ce que je n'ai pas... »

Comme un enfant que je reste.

 

Morale, conventions, apparences, contrat social ou relationnel...

Rien n’y fait.

 

Miroir mon beau miroir… ou la mise en scène du refoulé

Feydeau, critique de la bourgeoisie ?

Critique d’une société de l’avoir ?

Oui, peut-être, mais à coup sûr critique double.

 

Sans didactisme ni message critique direct, Feydeau met en scène une société des apparences, une société superficielle où chacun s’agite de manière à satisfaire ses appétits égoïstes sans aucun sentiment réel pour l’autre ni aucune dimension spirituelle. Une société horizontale sans valeurs transcendantes, sans sens supérieur et sans considération réelle pour autrui en dehors de ce à quoi il peut nous servir ou de la menace et/ou de l’inconvénient qu’il peut représenter. Une société bien de notre temps.

 

Mais loin d’un désespoir – ni d’un espoir d’ailleurs – ou d’un noir constat, c’est une extrême vitalité qui se dégage Tailleur pour Dames. La jubilation du spectateur à voir courir en tous sens ces marionnettes bien humaines, si proches de nous, dessine une seconde critique peut-être plus profonde : la critique d’une société qui vise au contrôle de l’individu à travers le contrôle et la manipulation de ses désirs, à leur domestication et à leur usage sage et bien rangé dans la boite qui nous est assignée. Une société qui nous impose une morale étroite et inadaptée, une morale impensée et inconsciente pour le sujet – une morale dite souvent bourgeoise – une bien-pensance répressive. Dans Tailleur pour Dames les diables sont sortis de leurs boites et c’est ce qui nous ravit. C’est une critique en creux là aussi, ni didactique, ni appuyée, une critique de fait qui surgit du plaisir que nous avons à voir ces petits diables. Miroir il y a, mais un miroir cette fois bien différent. Le miroir d’un refoulé. De cet animal que nous sommes que nous le voulions ou non, que nous le transcendions ou non.

Cruels ?

Sans doute.

Comme des enfants ?

Sans doute.

Un miroir de tout ce que notre société met au ban ou dans une boîte de faible valeur : le plaisir, le corps, le jeu, le désir, l’égoïsme primaire lié à notre singularité et à notre unicité corporelle. Toutes ces valeurs taxées de populaires, de triviales ou d’obscènes. Ces valeurs doivent être réintégrées plutôt que dénigrées au profit d’une rigueur et d’une hauteur morale ou « culturelle » qui ne fait que renforcer ce cercle où puritanisme et pauvreté se complaisent et s’engendrent.

C’est peut-être la leçon de Tailleur pour Dames.

 

Un art impur

Monter Tailleur pour Dames, c’est aussi pour nous affirmer à nouveau la nécessité d’un théâtre qui divertisse, qui assume sa part « impure » ou brute. Le théâtre n’est ni un art abstrait ni un art solitaire : c’est un art social qui met en jeu l’humain et s’adresse à l’humain dans un cadre extrêmement simple : celui du divertissement. Si le sens du sacré, la poésie, les constructions mentales, les convictions politiques ou les concepts philosophiques importent au théâtre et peuvent être importés dans la pratique du théâtre, elles ne peuvent y régner en maitres uniques sans courir le risque que ce ne soit tout simplement plus du théâtre ou plutôt juste du théâtre ennuyeux.

Corps, plaisir, blague, jeu, émotion ont aussi leur place nécessaire et première au théâtre.

 

Tout est question d’équilibre.

 

 

Photos des répétitions